La prothèse totale de hanche fait partie des gestes les plus fréquents de la chirurgie orthopédique : environ 165 000 sont posées chaque année en France, dont près d’un tiers après une fracture du col du fémur [1]. L’intervention est maîtrisée, mais son résultat dépend largement de la position des implants.
La planification 3D répond précisément à ce point : définir à l’avance, sur le jumeau numérique du patient, la stratégie à reproduire au bloc. Elle est de plus en plus utilisée pour les anatomies complexes. Des guides chirurgicaux sur mesure apparaissent aussi, comme une piste pour transférer ce plan au bloc, mais leur usage reste précoce. Cet article détaille le workflow, du scanner au dispositif, ce que disent les études et le cadre réglementaire.
Il s’adresse aux chirurgiens orthopédistes, aux ingénieurs biomédicaux et aux fabricants de dispositifs médicaux. L’appareillage externe (orthèses, prothèses de membre) relève d’une autre chaîne, présentée sur notre page orthoprothésistes.
Pourquoi planifier une prothèse de hanche en 3D ?
Planifier en 3D permet de fixer avant l’intervention les paramètres qui conditionnent la stabilité et la longévité de la prothèse. Sur une radiographie de bassin, le chirurgien travaille sur une projection : l’agrandissement, la rotation du membre et l’antéversion du cotyle y sont mal appréciés.
Le scanner donne accès à l’anatomie réelle du patient, en volume. Quatre objectifs guident la planification :
- restaurer le centre de rotation de la hanche, souvent déplacé par l’usure ou une dysplasie ;
- égaliser la longueur des membres et rétablir l’offset fémoral, qui conditionne la tension des muscles fessiers ;
- orienter la cupule en inclinaison et en antéversion, pour limiter le risque de luxation et d’usure ;
- choisir la taille des implants avant d’ouvrir les boîtes au bloc.
La longueur des membres inférieurs est mesurée et corrigée avant l’intervention, plutôt qu’ajustée “à l’œil” au bloc opératoire : c’est l’un des bénéfices concrets de la planification.
Planification 2D ou 3D : quelles différences ?
La planification 2D sur radiographie reste la référence pour une PTH standard ; la 3D devient utile dès que l’anatomie s’écarte de la norme [6]. Le tableau ci-dessous résume les écarts entre les deux approches.
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| Critère | Planification 2D (radiographie) | Planification 3D (scanner) |
|---|---|---|
| Imagerie de départ | Radiographie du bassin de face, avec marqueur de calibration | Scanner du bassin et du fémur, au format DICOM |
| Mesures | Projections, sensibles à l'agrandissement et à la rotation du membre | Mesures en volume, indépendantes de la position du patient |
| Antéversion du cotyle et version du col fémoral | Estimée ou non mesurable | Mesurée directement |
| Simulation | Calques d'implants superposés à l'image | Implants positionnés sur le jumeau numérique, simulation de la mobilité et des conflits |
| Dispositifs dérivés | Aucun | Modèles anatomiques, implants sur mesure, et, de façon encore émergente, guides chirurgicaux |
| Contraintes | Rapide, peu coûteuse, faible irradiation | Coût et dose d'irradiation plus élevés, segmentation à réaliser |
Le scanner n’est pas systématique pour une PTH standard : il se justifie surtout quand l’anatomie est complexe, au prix d’un coût et d’une irradiation supérieurs.
Du scanner au guide chirurgical : le workflow en six étapes
Lorsqu’un guide sur mesure est retenu, il s’inscrit dans une chaîne numérique en six étapes, de l’imagerie au contrôle post-opératoire. Chaque étape produit un fichier qui alimente la suivante. Les trois premières servent déjà à la planification seule, avec ou sans guide.

- Acquisition de l’imagerie. Un scanner du bassin, souvent complété par une acquisition du genou pour mesurer la version fémorale, est réalisé quelques semaines avant l’intervention. Des coupes fines limitent les artéfacts lors de la reconstruction.
- Segmentation. Les données DICOM sont importées dans un logiciel de segmentation de l’imagerie médicale comme Simpleware. Le bassin et le fémur sont isolés, manuellement ou par segmentation assistée par IA, pour obtenir le jumeau numérique du patient.
- Planification. L’équipe positionne virtuellement la cupule et la tige, vérifie le centre de rotation, l’offset et la longueur, puis simule les amplitudes articulaires. Le chirurgien valide le plan.
- Conception du guide. Si un guide est prévu, il est dessiné en CAO à partir de la surface osseuse : une face épouse le rebord du cotyle ou le col fémoral, l’autre porte un canon de visée ou une fente de coupe. Un logiciel de modélisation organique comme Geomagic Freeform, piloté au bras haptique Touch ou à la souris, facilite ce travail sur des formes anatomiques irrégulières.
- Fabrication et stérilisation. Le guide et, si besoin, un modèle anatomique 3D du bassin sont imprimés dans un matériau biocompatible et stérilisable, par le fabricant ou une plateforme hospitalière. Le modèle permet de tester l’appui du guide avant l’intervention.
- Utilisation au bloc et contrôle. Le guide chirurgical est posé sur sa zone d’appui unique ; il oriente une broche de référence ou le plan de coupe / de perçage. Un scanner post-opératoire peut mesurer l’écart entre le plan et la position obtenue.
Les étapes 2 à 4 sont les plus chronophages et les plus répétitives d’un cas à l’autre. Des plugins d’automatisation comme Dynabot, développés sur Geomagic Freeform, peuvent standardiser la conception des guides pour un protocole donné.
Quels dispositifs sur mesure pour la prothèse de hanche ?
La planification 3D peut déboucher sur cinq familles de dispositifs, de l’instrument jetable à l’implant définitif. Les implants 3D patient-spécifiques sont réservés aux reconstructions lourdes. Les guides chirurgicaux 3D, eux, restent d’un usage émergent en chirurgie de la hanche : ils sont surtout employés par des équipes pionnières et dans les cas difficiles [13] [14].
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| Dispositif | Rôle au bloc | Situation typique | Matériau courant |
|---|---|---|---|
| Guide d'orientation cotyloïdien | Positionne une broche qui donne l'axe d'impaction de la cupule | Cotyle dysplasique ou déformé ; usage émergent, y compris en première intention dans quelques équipes | Polymère stérilisable (PA12, résine biocompatible) |
| Guide de coupe du col fémoral | Fixe le niveau et l'orientation de l'ostéotomie du col | Contrôle de la longueur et de la version de la tige ; usage émergent | Polymère stérilisable |
| Guide de perçage | Oriente les vis de fixation d'un implant acétabulaire | Reprise avec implant sur mesure | Polymère stérilisable |
| Modèle anatomique du bassin | Visualiser la perte osseuse, tester le guide et l'implant avant l'intervention | Reprise, dysplasie, tumeur | Résine ou polymère technique |
| Implant acétabulaire sur mesure (cupule « triflange ») | Comble le défect et prend appui sur l'ilion, l'ischion et le pubis | Défects acétabulaires sévères (Paprosky 3A et 3B), discontinuité pelvienne [8] | Titane poreux imprimé en 3D |
Lorsqu’ils sont utilisés ensemble, le guide et l’implant sont souvent conçus de façon coordonnée : le guide de perçage reprend la position des vis prévue sur l’implant, ce qui garantit que la pièce tombe exactement à l’endroit planifié.
Ce que disent les études
Le guide sur mesure améliore la précision de pose par rapport au geste à main levée, mais son bénéfice clinique n’est pas encore démontré [3] [6]. Les principales données publiées sont résumées ci-dessous.
Une pratique encore émergente. En 2018, une revue de l’University College London (UCL) rappelait que ces guides, bien installés en chirurgie du genou, n’étaient en hanche utilisés que par un petit nombre de chirurgiens. Elle relevait des premiers résultats de positionnement précis, assortis de coûts plus élevés et d’un effet clinique incertain [13]. Un centre britannique de chirurgie complexe de la hanche en présente un cas d’usage [14], mais ils ne constituent pas la pratique standard.
Une précision supérieure à l’instrumentation standard
- Méta-analyse 2022. Constantinescu et al. comparent guides sur mesure et instrumentation standard en PTH de première intention [3]. L’erreur moyenne d’orientation de la cupule baisse de 6,25° en antéversion (hétérogénéité I² = 98 %) et de 4,00° en inclinaison (I² = 85 %). Ces écarts entre études sont très élevés : le chiffre moyen donne une tendance, pas un gain attendu dans chaque service. Le risque relatif de cupule hors zone de Lewinnek est de 0,23 en antéversion et 0,12 en inclinaison.
- Série prospective de 100 patients. Spencer-Gardner et al. (Bone & Joint Journal, 2016) mesurent au scanner post-opératoire un écart moyen au plan de 3,9° en inclinaison et 3,6° en antéversion [4]. Les deux cibles sont atteintes à ± 10° dans 91 % des cas, un niveau que les auteurs jugent comparable à la navigation et à la robotique.
- Essai randomisé de 54 patients. Thomas et al. (Arthroplasty, 2022) ne trouvent pas de différence d’erreur moyenne en antéversion [5]. En revanche, l’antéversion obtenue reste à moins de 10° du plan dans 96 % des cas avec planification scanner et guide, contre 76 % en technique conventionnelle : ce sont surtout les grands écarts qui disparaissent.
Des indications surtout dans les cas complexes
Une revue publiée en 2023 dans la Revue médicale suisse conclut que les guides sur mesure ne peuvent pas être recommandés pour la prothèse de hanche ou de genou de routine [6]. Ils trouvent leur place dans la chirurgie tumorale, les défects architecturaux du cotyle et les cals vicieux, malgré un coût additionnel élevé.
Les situations où la littérature est la plus favorable :
- Dysplasie de hanche sévère (Crowe III et IV). Un essai randomisé sur 104 adultes conclut que le guide améliore le positionnement de la cupule et la récupération fonctionnelle dans les dysplasies Crowe III et IV, avec peu de différence pour les formes Crowe I et II [7].
- Reprises avec perte osseuse majeure. Une méta-analyse de 2023 portant sur 1 218 patients évalue les cupules triflange sur mesure pour les défects Paprosky 3A et 3B : 15 % de réopérations et 12 % d’échecs d’implant à 47 mois de recul moyen [8]. Ces implants ne sont pas des guides, mais ils illustrent la place du sur-mesure dans les cas les plus difficiles.
Guide « sur mesure » : ce que dit la réglementation
Un guide imprimé pour un patient n’est pas forcément un dispositif médical « sur mesure » au sens réglementaire. Le règlement européen MDR (UE 2017/745) distingue plusieurs régimes, précisés par le guide MDCG 2021-3 publié en mars 2021 [10] [11].
- Dispositif sur mesure : fabriqué sur prescription écrite d’un professionnel habilité, qui en fixe les caractéristiques de conception, pour un seul patient. Il échappe au marquage CE mais suit l’annexe XIII du MDR [10] ; en France, son fabricant se déclare auprès de l’ANSM [12].
- Dispositif « patient-matched » : adapté à l’anatomie du patient à partir d’un modèle standard ou d’une enveloppe de conception, par un procédé industriel validé et reproductible. Il suit la voie normale du marquage CE. Le MDCG cite les guides de coupe d’arthroplastie du genou parmi ses exemples [11].
- Dispositif fabriqué et utilisé au sein d’un établissement de santé (« in-house ») : un hôpital qui produit lui-même des guides pour ses propres patients peut bénéficier d’une exemption partielle, à des conditions précises fixées par l’article 5, paragraphe 5 du MDR (système de management de la qualité, justification de l’absence d’équivalent sur le marché, déclaration publique, documentation tenue à disposition de l’autorité compétente) [10].
Un guide produit en série par un industriel, à partir de sa propre plateforme de planification, relève donc généralement du deuxième régime. La production en interne dans un hôpital suit le troisième, avec des obligations qui lui sont propres.
Quel que soit le cas, faites valider la qualification de vos dispositifs par votre service réglementaire ou un consultant spécialisé avant de lancer une production, en série ou en interne. Les industriels du secteur trouveront aussi des repères sur notre page dédiée aux fabricants de dispositifs médicaux.
Internaliser la planification 3D avec Twin 3D
Twin 3D équipe les services de chirurgie orthopédique, les plateformes 3D hospitalières et les fabricants de dispositifs médicaux pour qu’ils puissent réaliser eux-mêmes les étapes de segmentation, de planification et de conception. La fabrication reste confiée à vos équipements ou à nos partenaires industriels.
- Segmentation : Simpleware reconstruit le bassin et le fémur à partir du scanner, avec des outils de segmentation assistée par IA. Le traitement se fait en local, sans envoi des données patient dans le cloud, en quelques minutes.
- Conception des guides et des modèles : Geomagic Freeform, qui peut être associé au bras haptique Touch ou Touch X, permet de sculpter des surfaces d’appui sur des formes osseuses irrégulières.
- Automatisation : nous développons des plugins Dynabot à partir de vos propres protocoles, pour que chaque guide de hanche suive les mêmes étapes et les mêmes contrôles.
- Formation : nos formations Simpleware et Geomagic Freeform se déroulent sur site ou à distance ; le parcours Geomagic Freeform se conclut par un projet d’application, par exemple un dispositif chirurgical.
Chaque projet commence par une preuve de concept sur vos propres données : un cas de hanche anonymisé, segmenté et modélisé avec vos équipes. Vous pouvez ainsi juger l’outil sur un cas réel avant d’investir. Contactez-nous pour en organiser une.
FAQ
Un scanner du bassin, exporté au format DICOM, est la base. Il est souvent complété par quelques coupes du genou pour mesurer la version fémorale. Des coupes fines améliorent la qualité de la segmentation. Une imagerie IRM est également exploitable par nos logiciels.
Il dépend du mode de fabrication. Un guide produit sur une plateforme hospitalière peut être prêt en quelques jours [9] ; un implant acétabulaire sur mesure peut nécessiter plusieurs semaines de conception, de validation et de fabrication.
Dans une série de 100 patients, la précision du guide est jugée comparable à celle de la navigation et de la robotique [4]. Le robot demande toutefois un investissement lourd et une organisation dédiée, alors que l’utilisation du guide chirurgical n’exige aucun équipement au bloc et s’appuie sur la planification réalisée en amont. Le choix dépend du volume de cas complexes et des ressources du service.
Pas toujours. Selon le guide MDCG 2021-3 [11], un guide produit par un procédé industriel validé à partir d’un modèle standard est un dispositif « patient-matched » soumis au marquage CE. Le régime du sur-mesure suppose une prescription écrite fixant les caractéristiques de conception.
Oui. Un service équipé d’un logiciel de segmentation, d’un outil de CAO et d’une imprimante adaptée peut concevoir ses guides et ses modèles anatomiques. Il doit en parallèle respecter les exigences du MDR applicables aux établissements de santé (article 5, paragraphe 5) [10], et se renseigner auprès de son service réglementaire ou d’un consultant spécialisé. Le service peut également faire le choix d’internaliser les parties segmentation et conception et de déléguer l’impression des guides à un prestataire externe.
Sources
- La Revue du Praticien. Prothèse totale de la hanche : une intervention maîtrisée mais des complications possibles justifiant un suivi à long terme.
- Abdel MP et al. What safe zone? The vast majority of dislocated THAs are within the Lewinnek safe zone for acetabular component position. Clin Orthop Relat Res. 2016;474:386-391.
- Constantinescu DS et al. The efficacy of patient specific instrumentation (PSI) in total hip arthroplasty (THA): a systematic review and meta-analysis. J Orthop. 2022;34:404-413.
- Spencer-Gardner L et al. Patient-specific instrumentation improves the accuracy of acetabular component placement in total hip arthroplasty. Bone Joint J. 2016;98-B(10):1342-1346.
- Thomas C et al. Does functional planning, 3D templating and patient-specific instrumentation improve accuracy in total hip replacement? A randomized controlled trial. Arthroplasty. 2022;4:43.
- Fell H et al. Guides de coupes 3D sur mesure : quelles applications en chirurgie orthopédique ? Rev Med Suisse. 2023;19(854):2344-2349.
- Wang C et al. Patient-specific total hip arthroplasty is superior to conventional methods for Crowe III and IV adult developmental hip dysplasia: a randomized controlled trial. Ann Transl Med. 2021;9(3).
- Broekhuis D et al. Custom triflange acetabular components for large acetabular defect reconstruction in revision total hip arthroplasty: a systematic review and meta-analysis on 1218 patients. EFORT Open Rev. 2023;8(7):522-531.
- Pham Trung H et al. Early outcomes of total hip arthroplasty using point-of-care manufactured patient-specific instruments: a single university hospital's initial experience. BMC Surg. 2023;23:369.
- Règlement (UE) 2017/745 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2017 relatif aux dispositifs médicaux. EUR-Lex.
- Medical Device Coordination Group. MDCG 2021-3 : Questions and Answers on Custom-Made Devices & considerations on Adaptable medical devices and Patient-matched medical devices. Commission européenne, mars 2021.
- ANSM. Dispositifs médicaux sur mesure.
- Henckel J et al. 3D-printed patient-specific guides for hip arthroplasty. J Am Acad Orthop Surg. 2018;26(16):e342-e348.
- Complex Hip Surgery (Pr Alister Hart, Royal National Orthopaedic Hospital et UCL). Using 3D-printed guides to achieve the best possible position of hip replacements. Cas clinique, sans données chiffrées.